Pêche en mer en bateau à St Jean de Luz
Si l’hiver apparaît souvent comme une période creuse durant laquelle il est difficile d’assouvir notre passion,
le secteur de St Jean de Luz sur la côte Basque réserve bien des surprises. Du mois de décembre à la fin du mois de mars, une multitude d’espèces migre vers le Golfe de Gascogne et ses eaux plus
chaudes pour se nourrir et préparer la période de fraie.
Nous voici donc sur la route du Sud pour 4 heures de voiture au départ de La Rochelle. Le
compteur affiche -5°C mais c’est sans aucune appréhension que nous dégustons notre bol de café bien chaud. A l’arrivée au magnifique port de Ciboure, Jean-Paul Official, sélectionneur de
l’équipe de France de pêche en bateau nous attend les bras ouverts, impatient de partager avec nous cette belle journée de pêche en bateau. Après les premières accolades et des retrouvailles
chaleureuses, nous embarquons le matériel avec prudence. Les pontons sont gelés et laissent émerger une fine pellicule de glace.
A la sortie du port, une légère houle se brise sur la digue de Socoa et de l’Artha laissant émerger une écume
blanchâtre, mais rien d’inquiétant. Déjà le soleil perce la légère brume du matin et laisse entrevoir les premiers rayons du soleil. Nous nous dirigeons vers la zone de pêche située à seulement 5
miles du port. Selon notre « Coach » spécialiste du secteur, il faut chercher le poisson sur des zones assez profondes, sur des fonds de 45 mètres environ. La prospection commence et
tous les yeux sont rivés sur le sondeur afin de repérer une détection potentiellement intéressante. Chacun est impatient de mettre les lignes à l’eau et de remonter ses premiers poissons. La
biodiversité est si riche ici près de St Jean que chacun nourrit l’espoir de prendre une espèce rare qu’il pourra ajouter à sa collection. Mais il y a des jours ou la beauté de la nature se
jette à nos visages aux moments les plus inattendus, sans retenue. Cent mètres devant le bateau émerge un aileron, puis deux, puis… Jean-Paul s’exclame vaillamment : « Ce sont les
dauphins, ils vont se rapprocher du bateau ! ». Un spectacle aussi extraordinaire qu’imprévisible. Les mammifères jouent dans la vague à l’arrière du bateau, sautent et
virevoltent. Ils se rapprochent doucement du navire et semblent presque à portée de main. Bientôt une dizaine d’individus se rejoignent à l’avant du bateau pour notre plus grand plaisir comme
attirés par « Le Busti ». Un spectacle furtif de quelques minutes que nous ne sommes pas prêt d’oublier, ces dauphins nous gratifient de leur présence pour notre plus grand
bonheur, puis disparaissent lentement vers les profondeurs. Des images gravées… Une journée commence sous les meilleurs hospices.

Reprenons nos esprits, les dauphins sont partis et une partie de pêche nous attend. Sur la zone prévue, la
détection est plutôt faible. Nous prolongeons donc la prospection pour trouver mieux. De belles « tâches » bleutées éparpillées sur une vingtaine de mètres retiennent notre
attention. Les fonds semblent plutôt jolis, composés de roches creuses susceptibles de renfermer les poissons recherchés et surtout leur nourriture. La « pioche » est jetée. Le sondeur
affiche 46 mètres. Le courant est assez formé et donne rapidement au bateau sa position. Le vent, quand à lui, est presque inexistant. Le temps est plus qu’agréable, le soleil brille et nous
laisse une bonne impression de chaleur : les températures négatives du matin sont déjà oubliées. Place à la pêche…
Les cannes sont dépliées, les bas de ligne gréés et nous nous attaquons à la fastidieuse étape de la
préparation des appâts. Pour cette journée, nous sommes restés dans le classique : nous utiliserons des encornets et des « gambas » congelées. Nous découpons dans un premier temps
les encornets en languettes. Une fois la tête et la feuille enlevée, la peau arrachée, le corps est coupé dans la longueur pour ne dégager que le blanc du céphalopode. La chair est souvent
trop épaisse et dure. Il convient donc de l’attendrir et de l’affiner afin de garantir l’engammage du poisson à la touche et une plus belle nage de notre appât. Les gambas sont quant à
elles décortiquées, coupées en petits morceaux puis ligaturées à l’aide de fil élastique. Pendant ce temps, Jean-Paul, soucieux de réussir cette journée de pêche, prépare la strouille dans le
parachute et lance le premier coup d’amorçage. Tout est prêt, les pêcheurs impatients jettent les lignes à l’eau pour enfin avoir une réponse à leur question : les poissons sont-ils
présents?

Dés la mise à l’eau des lignes, les touches sont bien présentes et annoncent une forte densité de poissons.
Girelles, serrans et vieilles coquettes montent à bord pour notre plus grand plaisir. Leurs couleurs sont éclatantes : du violet au turquoise ou du jaune à l’orangée, ces teintes
multicolores ne peuvent que nous éblouir. Les poissons montent par deux ou par trois. Les sparidés aussi sont de la partie : les dorades grises bien sûr mais aussi les pagres, les vérades et
les beaux yeux. Comment ne pas conclure que la pêche à soutenir est la plus polyvalente ? La cadence est prise. Déjà Francis lance le premier défi : « Allé, le premier à
dix ! ». Sur cinq heures, pas moins de 11 espèces sont montées à bord. Au tableau déjà énuméré, nous pouvons ajouter les bogues, les balistes, rascasses et chinchards. Une biodiversité
exceptionnellement riche qui nous laisse imaginer la « mine d’or » située 45 mètres sous nos pieds. La roche doit être un vrai gruyère. La pêche à l’appât nous permet aujourd’hui de
toucher toutes les espèces évoluant entre 0 et 5 mètres au dessus du fond. En effet, les techniques modernes issues de la compétition de haut niveau permettent de prospecter des zones très larges
autour du bateau. Les cannes de 5 mètres ont en effet beaucoup d’avantages. Leur longueur autorise des lancers jusqu’à 50 ou 60 mètres du bateau afin de cibler les poissons sur un périmètre très
large. Nous n’attendons pas que le poisson vienne sous le bateau, nous allons à lui. Mais cette longueur peut aussi être exploitée pour utiliser des bas de ligne long évoluant à 3 ou 4 mètres au
dessus du fond. Ainsi, on pourra toucher tous les poissons de roches sur les avançons les plus bas (trainard) tandis que les sparidés, chinchards ou maquereaux mordront sur les empiles plus
hautes.


Les montages utilisés sont simples : 3 empiles de 30cm montées sur des perles clipsables avec un écartement
de 50cm entre chacune d’entre elles. Le diamètre des avançons est en 30/100 pour tous les sparidés ou en 25/100 pour les poissons de roches. La taille des hameçons varie du n°8 au n°4 (série 2
Opaco Tubertini) selon la taille et la densité de poissons présents sur la zone. On adaptera la longueur des empiles à la force du courant et à la méfiance des poissons. En effet, pendant les
périodes de frénésie alimentaire, le poisson ne se soucie guerre de la finesse, soucieux d’être le premier sur la nourriture et de manger avant ses voisins. En temporisant un peu, sans remonter à
la 1ère touche, il est fréquent de doubler ou de tripler ses prises. Mais au contraire, lorsque les poissons sont peu nombreux ou lorsqu’ils n’ont pas faim, il faut ruser en
jouant sur la finesse et la longueur des bas de ligne, faire vivre ses appâts grâce à de longues tirées. L’action de pêche doit être irréprochable. Trois empiles de 60 cm en 25/100 seront
peut-être plus pêchantes qu’un BDL plus court et plus grossier.
Aujourd’hui, un courant assez formé complique la détection des touches. Par 45 mètres, il est parfois difficile
de sentir toutes les pitées. Un manque d’attention et les hameçons sont dépouillés sans que nous n’ayons rien sentis. La concentration est de mise mais les surprises s’enchainent. Jean-Paul,
notre skipper, annonce tout haut : « Je dois avoir un beau poisson ». Les coups de tête sont secs et puissants, le frein chante légèrement. Les regards sont rués sous la surface.
L’eau limpide nous laisse entrevoir les poissons à une dizaine de mètres. Arrivée à la surface, voici un magnifique baliste aux teintes bleutées approchant le kilo. Une espèce à laquelle nous ne
nous attendions pas. Pendant ce temps, Francis remonte un doublet de pageots incarnés (les beaux yeux), magnifique! Toute cette journée fut rythmée de surprises, entre éclats de rire et poissons
inattendus, le Golfe de Gascogne a tenu ses promesses. Les épaules lourdes mais le cœur heureux, nous prenons la route du retour déjà dans l’attente de la prochaine partie de pêche sur cette zone
extraordinaire du plateau de St Jean de Luz.
Un grand merci à Jean-Paul Official.
L'équipe "Rêves de pêches".
